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Fleur ARTAUD, LME FOAD
Fleur ARTAUD, LME FOAD
CULTURE ECONOMIQUE ET MANAGERIALE
SUJET : « FAUT-IL AVOIR PEUR DE LA CHINE ? »
Qui aurait pensé il y a encore une décennie que la Chine deviendrait aussi rapidement la deuxième puissance économique mondiale ?
La République Populaire de Chine est un état communiste proclamé par Mao Zedong en 1949. En 1958, Mao instaure le « Grand bond en avant », une politique économique calquée sur le modèle soviétique en matière agricole, industrielle et de travaux publics. Ce projet ambitieux et utopique ce solda par un échec et par une famine de grande ampleur. Vingt ans plus tard, en 1978, Deng Xiaoping décide de la transition d’une économie socialiste planifiée à un « socialisme de marché », encore très encadré par le parti communiste chinois. La Chine est alors appelée par les pays occidentaux « l’atelier du monde » (8). Des entreprises du monde entier, attirées par la politique fiscale avantageuse des ZES (zones économiques spéciales) ainsi que par les coûts de production peu élevés, délocalisent leur production et ouvrent des usines en Chine. En 1992, la Chine devient officiellement une « économie de marché socialiste », une économie mixte basée sur les fondements du libéralisme. D’ailleurs, Deng Xiaoping utilise le slogan « enrichissez-vous » et met en place une politique économique keynésienne dans le but de stimuler la consommation - et l’individualisme. En 2001 la Chine entre officiellement à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Enfin en 2011 la Chine est le premier pays exportateur mondial, le premier pays producteur de jouets, possède l’arme nucléaire et fait partie du groupe des 20 (G20).
Cette montée en puissance s’explique tout d’abord par le fait que la Chine est le principal pays producteur de biens manufacturés, mais également par l’apparition de multinationales Chinoises puissantes, qui changent la donne économique mondiale. Par conséquent, doit-on considérer la Chine comme une alliée ou une rivale ? La Chine s’avère pour l’instant être une alliée productive et commerciale (1) mais nous devons être vigilants car elle peut devenir une concurrente redoutable (2).
1) LA CHINE, ALLIEE PRODUCTIVE ET COMMERCIALE
La principale activité économique de la Chine est la production de biens manufacturés, pour le compte de sociétés occidentales (a), mais aussi pour celui de sociétés chinoises (b) désormais égales aux précédentes.
a) L’ « atelier du monde » ou pourquoi la Chine attire les productions étrangères
On peut comprendre facilement pourquoi les entreprises occidentales délocalisent leur production en Chine, pays où la main d’oeuvre est très flexible –les ouvriers travaillent en moyenne 15 heures par jour- et peu chère – le salaire moyen d’un ouvrier, bien qu’il ait augmenté ces dernières années, s’élève en moyenne à 118 euros par mois soit 10 fois moins qu’un ouvrier français.
De plus les produits manufacturés chinois sont très divers, sont essentiellement produits à la main, les coûts de main d’oeuvre sont plus intéressants que ceux engendrés par l’achat et l’entretien de machines. Enfin, certaines ZES proposent des aides à l’export, d’autres sont des zones franches, et les politiques fiscales mises en place par les comités locaux sont étudiées pour inciter les entreprises étrangères à venir s’implanter en Chine. Et malgré l’existence d’une bulle immobilière (3), les coûts des infrastructures restent néanmoins très intéressants. Toutes ces conditions sont confortées par le fait que le Yuan est sous-évalué et permet d’augmenter les profits grâce au taux de change.
Bref, toutes les conditions sont réunies pour inciter les sociétés occidentales à produire en Chine, apportant par la même occasion leur savoir-faire et leur expérience.
C’est grâce à l’observation de ce savoir-faire et également au « Learning by doing »* que les firmes chinoises ont suivi un chemin évolutionniste et commercialisent désormais des produits qu’elles ont conçu elle-même.
b)L’évolution des firmes chinoises et l’apparition de nouveaux produits à bas prix
Les firmes chinoises ont évolué en adéquation avec leur environnement (Chandler) : un contexte économique de mondialisation et d’évolution de marché vers les bas prix. Désormais il existe des sociétés chinoises, qui fonctionnent –presque- à l’image des multinationales occidentales. Ainsi elles rachètent de très grandes entreprises occidentales ; Nanjing Automotive a fait l’acquisition de MG Rover en 2005 et Li & Fung a racheté Cerruti en 2010, sauvant ainsi ces entreprises de la faillite.
Désormais les entreprises chinoises sont capables de concevoir et de produire des produits de qualité et innovants. Haier (électroménager) et Huawei (objets communicants) ont même établi des centres de recherche en Europe (7), créant par la même occasion des emplois, et empêchant la fuite des cerveaux. ZTE et Huawei se disputent le marché des objets mobiles communicants et concurrencent directement Alcatel-Lucent (7). Suntech quand à lui est le leader mondial des panneaux solaires. On peut ainsi citer de nombreuses multinationales chinoises qui s’implantent sur les marchés européens, notamment dans les technologies de pointes. Elles proposent des produits qui permettent d’une part d’élargir les gammes de ceux proposés aux consommateurs européens, à des prix avantageux et d’autre part d’investir à moindre coût pour les entreprises européennes.
Ainsi, la Chine permet aux sociétés occidentales de proposer des produits concurrentiels aux consommateurs finaux, d’investir à moindre coûts et ainsi de faire de meilleurs profits. Progressivement elle bouleverse les marchés et la donne économique mondiale par son développement et peut apparaître désormais comme une rivale.
2) LA CHINE, CONCURRENTE REDOUTABLE
La Chine apparaît comme une rivale à double titre: les conditions de production des usines chinoises faussent les règles de la concurrence et apparaissent comme immorales voire déloyales (a) alors que les entreprises occidentales délocalisent ou font sous-traiter leur production. Cela favorise la croissance économique chinoise (10,3% du PIB estimé en 2010), a des conséquences sur les marchés européens et change la donne économique mondiale. Les chinois deviennent également investisseurs et consommateurs (b)
a)La concurrence des usines chinoises et les conséquences de la délocalisation
Comme vu précédemment, les ateliers chinois ont pour facteur de production principal le travail. La majorité des ouvriers chinois ne sont pas qualifiés et sont d’anciens paysans. Les procédés de fabrication, ainsi que les matériaux utilisés sont parfois de mauvaise qualité. Par conséquent les produits manufacturés souffrent d’une qualité inconstante, parfois médiocre, nuisant ainsi à la transparence des marchés et par voie de conséquence à la concurrence qui devient imparfaite. De plus les droits fondamentaux du travail ne sont pas toujours respectés, les ouvriers travaillent souvent dans des conditions dangereuses pour leur santé, avec un équipement de sécurité inadéquat, et enchainent les heures supplémentaires, travaillant parfois 15 h par jour. Il existe certes des certifications pour garantir les conditions de travail, mais
souvent lors de contrôles, les fiches de paies sont falsifiées, les usines rangées et nettoyées (5). Bref on constate des aléas de moralité de la part des usines chinoises. Sans compter la production de produits de contrefaçon, qui sont des atteintes directes à la propriété intellectuelle et industrielle, mais tolérées sur place.
Or les usines européennes ne peuvent être aussi concurrentielles, elles sont bien trop encadrées pour cela. Les fermetures d’usines en Europe consécutives aux délocalisations (le plus souvent ce sont de grosses multinationales mais parfois ce sont aussi des PME) paupérisent une partie des consommateurs européens. Elles donnent lieu au licenciement massif d’ouvriers souvent sans qualifications qui se retrouvent au chômage et peinent à retrouver de travail. Or ces ménages consomment les produits dont la production a été délocalisée. De plus l’offre de travail devient supérieure à la demande, ce qui tire les salaires vers le bas, ce qui diminue la demande de biens et services. Pour s’ajuster à la demande, les prix sont tirés vers le bas. On entre ainsi dans un cercle vicieux.
Pendant que les délocalisations paupérisent les consommateurs occidentaux, à l’inverse, la Chine s’enrichit, le niveau de vie y augmente. Le marché intérieur chinois se développe, et les multinationales chinoises sont de véritables rivales pour celles qui sont occidentales.
b) La fuite des capitaux vers la chine
La Chine s’enrichit et forte d’une balance commerciale excédentaire et d’une monnaie sous-évaluée (3), elle investit (6). Les rachats par des multinationales chinoises interviennent également hors difficultés économiques, comme ce fut le cas pour Lenovo qui a racheté la division PC d’IBM (7, 10). Par conséquent une partie de la valeur ajoutée produite par ces sociétés est redistribuée à des actionnaires chinois. De plus la production à l’étranger fait certes faire des économies en charges sociales, impôts, taxes et autres droits aux firmes occidentales, mais ce sont des taxes qui ne sont pas perçues par nos pays occidentaux. Encore une fois, c’est de la valeur ajoutée qui n’est pas redistribuée en Europe.
Enfin les entreprises chinoises sont désormais capables de répondre à d’importants appels d’offres, proposant parfois des prix 20% moins cher que ceux proposés par les sociétés occidentales, à qui cela fait perdre des marchés. Nous citerons l’exemple des transports, avec la concurrence des entreprises CSR et CNR (matériel ferroviaire) avec l’Alstom en France (2).
CONCLUSION
La Chine connait une croissance économique importante avec une élévation du niveau de vie malgré des inégalités entre monde rural et citadin (3). La demande intérieure chinoise, avec ses 1,3 milliards d’habitants, est un marché en plein essor qui suscite des convoitises (6). Notons toutefois que la population chinoise rencontrera un fort ralentissement démographique et un vieillissement de la population résultant d’un déséquilibre entre les sexes, suite à la politique de l’enfant unique. Malgré tout la Chine est consciente qu’elle fait peur (11), et sait qu’elle doit rester discrète dans sa montée en puissance au niveau international. Car en plus d’être l’ « usine du monde », elle devient son « laboratoire » et son « banquier » (8).
Nous ne pouvons plus ignorer l’existence de ces multinationales chinoises, ni ignorer les conséquences sur nos économies engendrées par les délocalisations de production. Nous devons désormais nous poser la question de savoir si nous sommes capables de nous adapter à ces changements et si nous sommes prêts à investir le marché chinois. Nous devons prendre en compte les demandes de ce nouveau marché dans nos prévisions économiques ainsi nos multinationales dans leurs études de marché.
* « Learning by doing » : Apprendre en faisant.
REVUE DE PRESSE :
Dossier « Faut-il avoir peur de la Chine », Alternatives Economiques, n°297, décembre 2010, composé des articles suivants :
- Le difficile tournant social (1)
- Dans la cour des grands (2)
- La Chine, le monde et nous (3)
Le basculement du monde, Alternatives Economiques, n°295, octobre 2010, p. 68 (4)
Jouets : l’envers du décor, Alternatives Economiques, n°297, décembre 2010 (5)
Dossier « Comment La Chine envahit l’Europe », L’express, 2 février 2011, composé des articles suivants :
- Un créancier capital pour l’euro (6)
- Vent d’est sur les entreprises (7)
- « L’empire du Milieu est revenu au milieu de monde » (8)
- Sang neuf dans les Carpates (9)
- Mon patron s’appelle Chuanzi (10)
- « La Chine a peur de faire peur » (11)
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