Comment
les fluctuations de la bourse et du marché immobilier peuvent-elles
être à l’origine
d’un cycle économique ?
Un
cycle économique est succession de phases de hausse et de baisse de
l’activité économique (niveau de la croissance, de la production
ou de l’emploi).
Il
existe plusieurs types de cycles décrits par différents économistes
(Kondratieff, Juglar ...) ayant des causes très différentes
(Schumpeter estime que l'origine des cycles est l'innovation , Keynes
l'insuffisance de la demande ...) mais il apparaît que l'analyse de
la conjoncture en terme de cycle réside dans la période de
prospérité avant la crise. La crise purge la surchauffe de
l'économie.
La
bourse et le marché immobilier peuvent être à l'origine d'un cycle
économique en raison de l'effet de richesse (appellé aussi effet
Pigou) qui peut provoquer une surchauffe de l'économie, et par
extension pour des raisons plus particulières comme nous le voyons
actuellement avec la crise provoqués par les subprimes – crédits
immobiliers à haut risques contractés par les américains.
L'effet
de richesse est défini par «la relation entre les performances des
actifs financiers et le comportement de la consommation des
particuliers. (...) Cet effet traduit l'influence du patrimoine et
de la sphère financière sur l'économie réelle. L'effet de
richesse joue aussi dans le cas d'une baisse rapide des cours qui
peut entraîner une chute de la demande et une aggravation des
difficultés économiques» (Dictionnaire d'économie et de sciences
sociales Hatier). Cet effet est donc vérifiable sur le marché
immobilier comme sur le marché des capitaux.
Prenons
l'exemple d'un particulier -ménage- qui a acquis à la fin des
années 90 une maison en région parisienne. Celle ci à l'époque
lui a coûté l'équivalent de 100 000 euros et il a contracté un
emprunt pour financer sa maison qu'il a fait racheter entre temps en
raison de la baisse des taux d'intérêts. Sa maison est estimée en
2002 à 200 000 euros. Etant donné la plus-value qu'il a réalisé ,
ce particulier estime qu'il n'a plus besoin d'épargner, il consomme
donc ce qu'il aurait épargné – le rôle des ménage est de
consommer ou d'épargner. Il n'est pas le seul a avoir réalisé une
plus value, et tous les ménages dans ce cas vont consommer ce qu'ils
auraient épargné. Une hausse de la consommation entraîne une
hausse de la production, donc une conjoncture favorable. C'est
l'effet de richesse positif.
En
2007 le marché immobilier est au plus haut et les ménages prennent
conscience de la valeur de leurs biens immobiliers et décident de
les vendre: il y a un phénomène de masse et l'offre est supérieure
à la demande, donc les acheteurs attendent que les prix de
l'immobilier baissent ( ils attendent le prix d'équilibre, où
l'offre et la demande se rencontrent). Pour vendre leur bien les
vendeurs sont obligés de baisser leurs prix de vente, les acheteurs
potentiels continuent d'attendre que les prix baissent. La valeur des
biens immobiliers diminuent, les propriétaires de ces biens
épargnent pour compenser leur perte, ils ne consomment donc pas ce
qu'ils épargnent, la consommation baisse, la production avec . C'est
l'effet de richesse négatif. On voit ici que la crise est due à
une surchauffe du marché immobilier. C'est ce que nous pouvons
observer actuellement.
On
assiste à un scénario similaire pour la bourse.
Si
la demande de valeurs mobilières est supérieure à l'offre, leurs
prix augmentent. Les détenteurs d'actions ont gagné de l'argent,
ils ont fait une plus-value. Comme pour l'exemple du marché
immobilier ils épargnent moins donc ils consomment plus et la
production augmente. Puis un jour les actions sont au plus haut, pour
récupérer leur plus-value les détenteurs d'actions vendent tous en
même temps. L'offre est donc supérieure à la demande et les prix
baissent, pour les mêmes raisons que sur le marché immobilier, les
acheteurs attendent que les prix baissent encore pour acheter au
meilleur prix, les cours chutent, les détenteurs d'actions épargnent
pour compenser leurs pertes, donc consomment moins ce qui a un impact
sur la consommation.
Aux
Etats Unis d'Amérique, les banques ont anticipé l'effet richesse
positif ce qui a été à l'origine de la crise que nous connaissons
actuellement.
Les
banques américaines ont prêté de l'argent à des ménages qui
n'avaient pas les moyens de rembourser un crédit. Les crédits
proposés étaient des crédits hypothécaires à taux variable
indexés sur un taux de référence et majorés d'une prime (d'où le
nom de «subprime»).
Les
prix du marché immobiliers augmentaient car la demande était
stimulée par ces prêts et les banques avançaient l'argument que
les prix des biens immobiliers augmentant les ménages n'auraient
aucun problème pour rembourser leurs crédits. Ces créances ont été
transformés en actifs financiers (pour les citer ABS, RMBS, CMBS,
CDO) qui ont été distribués dans le monde entier et inclus dans
des fonds d'investissement.
Malheureusement
avec la hausse des taux d'intérêts, les ménages les plus modestes
(et nombreux) se retrouvèrent dans l'impossibilité de rembourser
leur crédit. Leur biens immobiliers furent donc saisis par les
banques. Puisqu'ils étaient nombreux à s'être fait saisir leur
biens, l'offre de biens était supérieure à la demande, et les prix
du marché immobiliers ont diminué. Les banques ont donc perdu de
l'argent car elles ont revendu les maisons saisies à perte. Ces
pertes ont eu un retentissement sur les actifs financiers liés aux
subprimes, ceux-ci se sont dépréciés. De plus, comme les ménages
américains avaient perdu une partie de la valeur de leur biens
immobiliers et de leur valeurs mobilières, ils ont cessé de
consommer pour épargner. Elles ont préféré vendre leurs valeurs
mobilières plutôt que de continuer à perdre de l'argent. S'en est
ensuit une crise de confiance mondiale car les banques n'étaient
plus solvables et rencontrèrent des difficultés financières à
leur tour. De plus cette crise a induit un effet de richesse négatif
car les actionnaires vendent leur titres et ceux ci perdent de leur
valeur.
Or
la monnaie est basée sur la confiance. Les banques centrales ont
injectés sans succès des liquidités dans le marché interbancaire
pour reconstituer les liquidités des banques.
La crise actuelle qui a pour origine la crise des subprimes avait tout d'abord été compensé par une politique monétaire pour éviter le credit crunch (lorsque les banques cessent de prêter) et par une politique budgétaire de type keynésienne destinée à relancer la consommation des ménages.
Nous assistons à un revirement de situation car la BCE a été créé sans anticiper le type de crise rencontrée actuellement et la seule politique budgétaire qu'elle autorise aux états membres est celle de la rigueur. Par conséquent elle a obligé la France à avorter sa politique de relance, trop onéreuse, et pas assez efficace.
Désormais la rigueur imposée par la zone euro et les agences de notations nous contraint à réduire notre train de vie et la nouvelle stratégie étatique consiste à vouloir relancer la compétitivité des entreprises, en réduisant le coût du travail mais en augmentant la TVA sociale. Gageons que cela puisse fonctionner.